Awal s teɣzi, s tehri.

«  Il y a des hommes qui luttent un jour et ils sont bons,

d’autres luttent un an et ils sont meilleurs,

il y a ceux qui luttent pendant de nombreuses années et ils sont très bons,

mais il y a ceux qui luttent toute leur vie et ceux-là sont les indispensables ».

Bertolt Brecht

Mot sur l’auteur

Après avoir passé la grande partie de sa vie en terre natale, la Kabylie, il part en France en 2003 pour poursuivre ses études en électrotechnique. En 2008, il part au Canada pour une aventure jusqu’à 2015. Poète, auteur de théâtre, comédien et metteur en scène, il écrit dans les deux langues: sa langue maternelle, le kabyle, et le français.

Il a adapté en kabyle plusieurs œuvres (nouvelles, poèmes, pièces de théâtre) d’auteurs étrangers : Félix Leclerc, Rose Reginald, Charlie Chaplin, Émile Zola, Garcia Marquez, Tchekhov, Khalil Gibran, Jack London, Percy Kemp, Georges Orwell, Léo Ferré, Ésope, Confucius, Bertolt Brecht, Luxun, Roland Magdane, Audrey Schebat, Ibsen, Jodorowsky, Oscar Wild,  Jacques Brel, Graeme Allwright, Mahmoud Darwich, etc.

       Publications :

  • Les rides du temps (poésie);
  • La douceur de l’amertume (théâtre).

***** ***** ***** *****

Un espace entre deux moments, entre deux histoires, un espace entre deux, tout court.

Un site dédié à tout ce qui nous fait hésiter entre deux cultures, l’une ancestrale dont le goût est encore dans nos bouches, l’autre que nous vivons parfois la bouche béante,

Un intermède entre deux peurs, l’une de ne plus réussir à embrasser la culture universelle et l’autre de ne plus pouvoir garder celle que l’on a.

Exister entre deux mondes, l’un comme dans notre conscience, une chambre noire dans laquelle nous reconnaissons l’artiste qui allume une bougie pour nous éclairer l’objet qu’il veut que l’on contemple avec des yeux intelligents au lieu de fixer son visage éclairé par l’aura vacillante de sa chandelle; l’autre, comme le subconscient, au bout d’un tube cathodique, d’un transistor ou d’un moniteur LCD, des objets  qui nous fixent et nous abêtissent par leur ficelles téléguidées par des marionnettistes qui n’ont d’aura que l’outrecuidance d’un fard exagérément éclairé,

Vivre dans l’hésitation entre d’une part, une envie de sombrer dans un somme qui nous amène des rêves éclairés et de l’autre part, l’obligation de rester éveillé de peur de rater le spectacle quotidien de son cauchemar ténébreux,

Rêver de deux générations, de deux temps, l’un dépassé, nous est conté par des anciens trop fiers de leurs épopées; l’autre présent, nous est devenu étranger par des contemporains trop rêveurs du futur simple pour s’attarder sur les lâchetés quotidiennes,

Entre deux souffrances d’un artiste, celle de se sentir suffoquer par la douleur d’une idée qui veut voir le monde au prix de sa santé et celle, encore pire, de subir les plus viles ingratitudes d’incultes et de rustres rompus à l’art rétrograde de briser le printemps de ces milliers de pousses et greffons qui pourtant n’ont de vie que l’éphémère souffle des vocables et d’une haleine fétide, l’art ingénu de briser la parole de ceux qui ne la prennent que pour porter haut et fort celle des milliers de damnés, l’art trop facile de noircir les jours des bons intentionnés qui se lèvent bien avant les premiers rais de l’aube afin de se sentir capables de passer au travers des filets du cocon que l’on a tissés depuis la nuit des temps et qui ne se couchent que longtemps après que les mauvaises langues se soient tues et les gardiens du temple se soient endormis pour laisser enfin libre le passage au son mélodieux de l’inspiration pourtant trop peureuse le jour et pas toujours encline aux longues veillées, laisser enfin passer le souffle des anges qui murmurent les plus douces paroles et susurrent les plus audacieuses des images….. 

Un site où la plume vacille entre deux façons de tracer ses sillons, entre deux langues pour écrire ses cultures, deux imaginaires pour décrire ses mondes, deux burins pour graver nos âmes, deux danses pour traverser ses entre-lignes, deux transes pour dépasser nos tabous, deux envolées pour humilier nos frontières, deux regards pour dégeler nos fixations, deux verbes pour faire pousser un printemps, le printemps de la poésie : puiser et épuiser.  Puiser dans toutes les cultures et épuiser toutes les incultures.

Zahir Ouali

Nedjma ou l’amour impossible

Ce sont des âmes d’ancêtres qui nous occupent, substituant leur drame éternisé à notre juvénile attente, à notre patience d’orphelins ligotés à leur ombre de plus en plus pâle, cette ombre impossible à boire ou à déraciner, – l’ombre des pères, des juges, des guides que nous suivons à la trace, en dépit de notre chemin.

« Nedjma » – Kateb Yacine